Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), en collaboration avec le Centre de développement du Genre de la CEDEAO (CDGC), a officiellement ouvert un forum régional de trois jours sur les femmes et la criminalité transnationale organisée : les risques liés à la traite des êtres humains en Afrique de l’Ouest. Ce forum, qui se tient à Lagos, au Nigeria, du 17 au 19 décembre 2025, réunit les principales parties prenantes, les forces de l’ordre et les cellules de renseignement financier afin de faire face à la complexité croissante de la traite des êtres humains à travers une approche sensible au genre.
La séance d’ouverture a été marquée par d’importantes interventions de dirigeants régionaux, mettant en évidence l’intersection entre le renseignement financier, l’égalité des sexes et la gouvernance sécuritaire.
Dans son discours de bienvenue prononcé au nom de Mme Hafsat Abubakar Bakari, directrice générale de la Cellule de renseignement financier du Nigeria (NFIU), Mme Biola Shotunde a décrit le forum comme une nécessité stratégique. Elle a souligné que la traite des êtres humains a évolué pour devenir une entreprise criminelle sophistiquée, motivée par des considérations financières, générant plus de 150 milliards de dollars par an. « La traite ne peut être combattue efficacement sans l’intégration d’outils de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.»
Représentant Mme Binta L. Adamu Bello, OON, directrice générale de l’Agence nationale pour l’interdiction de la traite des personnes (NAPTIP), Mme Hajara Tunde-Osho, directrice adjointe du renseignement, a souligné que cet engagement s’inscrit dans le cadre des obligations communes prévues par la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée. Mme Tunde-Osho a noté que les trafiquants modifient rapidement leurs stratégies, exploitant les écosystèmes numériques et la porosité des frontières. Elle a appelé à un renforcement de la coordination régionale et à l’utilisation de la technologie pour faire face aux risques traditionnels et émergents.
S’exprimant au nom du directeur général du GIABA, le Dr Jeff Isima, le directeur par intérim de la politique et de la recherche du GIABA a présenté des données préoccupantes pour étayer les délibérations. Il a indiqué qu’en Afrique de l’Ouest, les enfants représentent plus de 75 % des victimes de la traite. Il a identifié la pauvreté, l’inégalité entre les sexes et la faiblesse des capacités institutionnelles comme les principaux facteurs exploités par les trafiquants. Il a appelé à une forte coordination régionale, à une volonté politique affirmée, à l’orientation des ressources là où elles sont nécessaires et à des mécanismes clairs de responsabilité pour inverser la tendance.
S’exprimant au nom de Son Excellence Hajiya Imaan Sulaiman-Ibrahim, ministre nigériane des Affaires féminines et du Développement social, le Dr Udeme Nsikak Abia a souligné le lien crucial entre la traite des êtres humains, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, en tant que menaces pour la paix et la sécurité collectives. Elle a réitéré la priorité du Nigeria d’intégrer les perspectives de genre dans la gouvernance de la sécurité, en veillant à ce que les expériences des survivantes soient au cœur des solutions durables. Elle a présenté trois objectifs spécifiques guidant le forum : examiner les risques de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme associés aux femmes, en mettant l’accent sur la traite des êtres humains ; créer une plateforme de partage des bonnes pratiques entre les États membres de la CEDEAO sur l’intégration des perspectives de genre dans les programmes de lutte contre la traite ; et parvenir à un consensus sur les mécanismes stratégiques nécessaires pour renforcer la lutte contre la criminalité organisée dans une approche sensible au genre.
Elle a déclaré le forum ouvert en réaffirmant l’engagement du Nigeria envers les cadres de la CEDEAO qui promeuvent le partage de renseignements et l’harmonisation des politiques, exhortant les participants à aller au-delà des délibérations politiques pour aboutir à des solutions concrètes visant à protéger les populations les plus vulnérables de la région.